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Alerte médicaments : rupture des corticoïdes

Le 17 mai 2019, UPGCS alertait sur l’inquiétante pénurie de médicaments d’intérêt thérapeutique majeur et de vaccins essentiels.

 

L’objet de ce nouveau billet n’est pas de reprendre ce qui a déjà été expliqué mais de mettre en garde face aux dangers spécifiques  des ruptures de corticoïdes.

 

Toutes les formes de traitements à base de cortisone sont depuis plusieurs semaines en tension d’approvisionnement ou absentes.

Selon L’ANSM, les fabricants seraient en retard de production.

 

Par exemple,  le laboratoire BMS retirera le Kenacort 40 mg et 80 mg du marché dès le 31 juillet 2019 alors que le laboratoire MSD ne pourra distribuer son Disprostene avant le début 2020.

 

Or, le sevrage est très délicat et doit toujours être progressif. En effet, il existe un risque d’effet rebond de la pathologie traitée et de dangereux blocage des glandes corticosurrénales mises au repos notamment au cours d’un traitement de longue durée où un retour à la normale des fonctions surrénaliennes peut prendre entre 9 et 12 mois. Nul ne peut vivre sans cortisol et chacun de nous sait que l’arrêt de toute corticothérapie y compris de courte durée, doit se faire progressivement.

 

Nous ne saurions par ailleurs admettre comme nous pouvons le constater, la substitution d’une hydrocortisone curative d’une maladie d’Addison, d’une surrénalectomie, d’une insuffisance surrénalienne d’origine hypophysaire ou d’une pathologie auto-immune, par un anti-inflammatoire stéroïdien à effet court,  destiné à traiter une réaction allergique, une crise d’eczéma ou toute autre pathologie aigue.

 

Dans une note publiée aux praticiens, l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé informe que les laboratoires se sont engagés à importer des spécialités dites similaires en provenance d’Etats européens moins impactés et recommande de limiter la prescription de Prednisone et Prednisolone aux situations où elles sont absolument indispensables.

 

Attention : ces thérapies immuno-modulatrices et immuno-supressives sont destinées à traiter des pathologies de longue durée, notamment systémiques telles que le lupus ou la sarcoïdose. Elles ne peuvent donc pas être interrompues et toute migration vers une alternative pourrait déstabiliser les malades.

Les Risques de cette pénurie de corticoïdes

La réactivation de la maladie  y compris lors d’un sevrage prudent des glucocorticoïdes est un des risques. Lors de l’introduction d’une corticothérapie, il est nécessaire de planifier l’arrêt par un schéma dégressif.

Lors de la prise en charge des polymyalgies rhumatoïdes par ex, le traitement est débuté à une dose de 15 mg/j et l’arrêt est prévu après environ 12 à 24 mois. Un sevrage plus rapide comporte un risque important de récidive. Imaginons un arrêt brutal en raison d’une pénurie !

 

L’insuffisance surrénalienne : la production physiologique de cortisol par le cortex surrénalien est estimée à 20 mg/j, ce qui représente 15 à 25 mg/j d’hydrocortisone type Prednisone. Ceci est sous le contrôle de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien ou HHS. Une corticothérapie à doses supraphysiologiques entraîne une suppression de la production de CRH et d’ACTH menant à terme, à une inactivation, voire une atrophie du cortex surrénalien. Une fois l’axe HHS bloqué, sa réactivation se fait de manière lente et progressive et la normalisation de la réponse surrénalienne peut prendre jusqu’à 16 mois après l’arrêt du traitement.

 

La décision d’arrêt d’une corticothérapie ne se base pas sur une rupture de stocks mais sur les modalités de sevrage évaluatrices des risques de réactivation de la maladie traitée et de l’éventuelle insuffisance surrénalienne qui peut en découler.

 

Elle ne doit encore moins se baser sur un problème de rentabilité qui pousserait un laboratoire à retirer du marché, un médicament vital au maintien de la santé.

 

Espérons rapidement des mesures adéquates de l'ANSM, car ces pénuries de médicaments risquent d'engendrer une nouvelle crise sanitaire sans précédent dans un pays développé économiquement. 

 Nous ne saurions que vous recommander l'excellent  article  du Docteur Jean Yves Nau, Docteur en médecine,  journaliste « au Monde » durant 30 ans, en charge des questions de médecine, biologie et bioéthique. 1er titulaire de la chaire « journalisme et santé publique de l’EHESP pour l’année 2010-2011. Egalement chroniqueur sur le site slate.fr 

 

Pour l'UPGCS, Elise Carboullec 

 

 

 

"Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés " 

Jean de la Fontaine 

Les animaux malades de la Peste 

 

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