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Quand la thyroïde travaille au ralenti, le rôle méconnu de l’histamine par le docteur Lucie Wetchoko

Fatigue persistante, frilosité, brouillard mental, difficultés à perdre du poids, anxiété, palpitations, troubles digestifs, démangeaisons, intolérances alimentaires… telles sont les plaintes récurrentes des malades sur les réseaux sociaux. La réponse des médecins relève de la maltraitance médicale : « votre TSH est dans les normes, tout va bien, c’est dans votre tête ! »

Suivi ensuite pour celles qui se plaignent de leur prise de poids d’un « manger moins et bouger » culpabilisateur !

Ce phénome s’est amplifié depuis le changement de formule Levothyrox en 2017 , avec des victimes qui ne se sont jamais plus stabilisées malgré le changement de lévothyroxine.

 

Et si nous ne regardions pas du bon côté, si la nouvelle formule avait accentué un dérèglement histaminique dont nous sommes incapables de sortir, par manque d’informations et de prises en charge ?

Si cela expliquait que certaines formules conviennent aux unes et pas aux autres, qu'après une période de tranquillité, soudain la machine s'enraye et les symptômes réapparaissent. 

Nous avons perdu notre ancienne formule mais si nous avions surtout perdu un équilibre interne qu'on ne retrouve plus, parce que nous ne sortons plus des désordres histaminiques ? 

 

Une motivation pour l’UPGCS à solliciter le docteur Lucie Wetchoko 

 Commentaire d' Annie Notelet 

Le rôle méconnu de l’histamine, de la détoxification et des enzymes qui activent nos hormones

 

  1. Introduction : et si ce n'était pas “juste” la thyroïde ?

Fatigue persistante, frilosité, brouillard mental, difficultés à perdre du poids, anxiété, palpitations, troubles digestifs, démangeaisons, intolérances alimentaires…

Pour une grande partie de la population surtout des femmes, ces symptômes forment un tableau familier, souvent attribué à la thyroïde. Pourtant, lorsqu’elles passent un bilan, on leur répond : “Votre TSH est normale ou un peu basse, votre thyroïde va bien.”

Sauf que les symptômes, eux, restent et s’aggravent parfois.

 

Et si la thyroïde n’était qu’une pièce du puzzle ?

Et si un autre système beaucoup moins connu,

mais tout aussi puissant perturbait en silence la lecture hormonale ?

Cet article explore un lien essentiel, encore largement méconnu :

⇒ celui entre l’histamine, la TSH, la conversion thyroïdienne, la détoxification et l’inflammation silencieuse.

 

L’histamine : pas seulement un médiateur d’allergie, un véritable chef d’orchestre métabolique

L’histamine est souvent réduite à un “méchant” responsable des rhinites, rougeurs ou urticaires.

En réalité, c’est un messager biologique extrêmement polyvalent, impliqué dans :

  • la digestion,
  • le sommeil,
  • la régulation de la température,
  • la vigilance,
  • le stress,
  • la douleur,
  • la motricité intestinale,
  • l’immunité.

 

Dans un corps équilibré, l’histamine est une alliée, elle permet même de réparer, d’alerter, de défendre.

Mais quand elle s’accumule par stress, inflammation, dysbiose, alimentation, hormones ou mauvaise dégradation, elle déborde de ses fonctions habituelles.

Elle devient alors irritante, excitante, inflammatoire.

 

Et surtout : ⇒ elle influence directement la thyroïde.

Une TSH basse (ou “normale”) n’est pas forcément un signe de bonne santé thyroïdienne

La TSH, c’est le “thermostat” de la thyroïde.

Quand TSH ↑ → le cerveau demande à la thyroïde de travailler.

Quand TSH ↓ → la thyroïde reçoit l’ordre de ralentir.

Dans la plupart des situations, cela fonctionne à peu près bien.

 

Mais un phénomène majeur reste méconnu : ⇒ l’histamine peut faire baisser artificiellement la TSH, indépendamment de l’état réel de la thyroïde, en agissant sur les récepteurs H2, présents dans l'hypothalamus et l’hypophyse.

 

Résultat : la TSH baisse, les médecins pensent que tout va bien, mais la personne continue à manquer de T3, l’hormone active.

C’est ce que l’on appelle une hypothyroïdie fonctionnelle avec TSH normale ou basse.

Très fréquente… mais très peu diagnostiquée.

 

Le vrai problème n’est souvent pas la TSH… mais la conversion T4 → T3

La thyroïde produit surtout de la T4, mais ce n’est pas l’hormone active.

La T4 est une hormone de stockage. La véritable hormone qui fait tourner le métabolisme, chauffer le corps, stimuler l’énergie, c’est la T3. Cette T3 doit être fabriquée jour après jour via une transformation enzymatique réalisée par les désiodases.

D1 et D2 → actives, elles transforment T4 en T3.

D3 → désactive, elle transforme la T4 en rT3, une hormone “frein”.

 

Ces enzymes sont extrêmement sensibles à leur environnement.

Et l’un des plus grands perturbateurs… c'est l’histamine.

 

 

Comment l’histamine perturbe la conversion thyroïdienne ?

 

C’est l’un des points les plus ignorés de la médecine moderne.

L’histamine agit :

Sur le cerveau : baisse la TSH → donc moins de stimulation thyroïdienne.

Sur la thyroïde : augmente le stress oxydatif par activation de DUOX → la TPO fonctionne mal, la synthèse hormonale ralentit.

Sur les désiodases : favorise D3 → la D3 augmente la production de rT3, “l’hormone frein”.

Sur la détoxification : surcharge les voies de sulfatation → or la sulfatation est indispensable à l’équilibre hormonal.

 

Au final :

⇒ Beaucoup de T4, mais très peu de T3 disponible.

⇒ Impossible d’avoir de l’énergie malgré des analyses “normales”.

La sulfatation : un maillon clé entre détox, hormones et histamine

 

Pour fonctionner, le corps ne fait pas que produire des hormones : il doit aussi les neutraliser, les recycler, les éliminer.

La sulfatation est l’une de ces voies essentielles.

Elle neutralise :

  • les phénols,
  • certains neurotransmetteurs,
  • la dopamine,
  • l’adrénaline,
  • l’histamine (indirectement),
  • la T4 et ses dérivés,
  • des dizaines de toxines et de molécules alimentaires.

 

Quand la sulfatation est lente ou saturée :

les hormones circulent mal, la T4 sulfoconjuguée s’accumule, la conversion T4→T3 se grippe, l’histamine n’est plus bien gérée.

 

C’est l’une des raisons pour lesquelles certaines personnes “réagissent à tout” :

leurs systèmes de détox sont débordés.

Et si tout était lié ? Mettons ensemble les pièces du puzzle :

 

Histamine ↑ : problèmes digestifs, stress, dysbiose, allergies, hormones

Histamine → baisse la TSH : tout semble “normal” sur la prise de sang

Histamine → perturbe DUOX et la production hormonale : la thyroïde fabrique moins bien

Inflammation + stress → activent D3 : la T4 est transformée en rT3, qui bloque la T3

Sulfatation lente → hormones mal recyclées, histamine mal gérée : la boucle se perpétue

Résultat : TSH normale ou basse, T4 normale, T3 basse (souvent non dosée), rT3 élevée, symptômes d’hypothyroïdie → bien réels.

 

C’est exactement ce que vivent des dizaines de milliers de personnes.

Pourquoi ce profil est devenu si fréquent aujourd’hui ?

Plusieurs facteurs modernes se combinent tels que 

  • Alimentation riche en histamine : fromages, ferments, alcool, charcuteries, chocolat, conserves.
  • Dysbiose et SIBO : les bactéries intestinales produisent de l’histamine.
  • Stress chronique : qui active la D3 et épuise les désiodases.
  • Pollution et perturbateurs endocriniens : qui saturent les voies de sulfatation.
  • Carences nutritionnelles : sélénium, zinc, magnésium, B6 : tous indispensables à la thyroïde et à la détox.
  • Inflammations silencieuses : intestin perméable, infections chroniques, surcharge oxydative.

Le corps contemporain est donc soumis à une pression histaminique + oxydative + hormonale jamais rencontrée auparavant.

Comment reconnaître ce tableau chez soi ?

Voici les signes les plus fréquents :

  • fatigue chronique, sommeil non réparateur, frilosité
  • anxiété ou agitation, palpitations paradoxales, douleurs diffuses
  • troubles digestifs (ballonnements, diarrhées, constipation)
  • maux de tête, démangeaisons, eczéma, flush
  • intolérances alimentaires, difficulté à perdre ou prendre du poids
  • cycles irréguliers, brouillard mental

 

Et surtout :

⇒ des bilans sanguins “normaux”, notamment la TSH, alors que les symptômes persistent.

Alors, que faire ? (Version simple, douce, appliquée au grand public)

Il n’est pas question ici d’automédication hormonale.

Mais de comprendre ce qui, dans le quotidien, peut alléger la charge histaminique, soulager la conversion thyroïdienne et soutenir la détoxification.

 

 1. Apaiser l’histamine

  • diminuer temporairement les aliments très riches en histamine
  • éviter l’alcool (inhibe DAO)
  • gérer les sources d’inflammation digestive (SIBO, gluten, additifs)

 

 2. Soutenir la sulfatation

  • Une bonne hydratation,
  • du magnésium,
  • une alimentation riche en crucifères, ail, oignon,
  • des suppléments de B6, de zinc et de molybdène (selon conseil médical)

 

 3. Soutenir les désiodases

  • sélénium (graines du Brésil, poissons),
  • zinc (huîtres, légumineuses),
  • oméga-3 (poissons gras, noix)

 

 4. Diminuer le stress oxydatif

  • fruits colorés, curcuma, thé vert
  • sommeil profond
  • respiration lente, cohérence cardiaque

 

 5. Restaurer le nerf vague

  • marche, chant, exposition au froid douce
  • massages, respiration, méditation

 

 6. Faire un bilan plus complet si nécessaire :

  • TSH, T4, T3 libre, rT3, anticorps, ferritine, vitamines liposolubles, les vitamine set minéraux
  • Bilan digestif si suspicion de dysbiose
  • Prise en charge fonctionnelle quand les symptômes persistent

Le message final : la thyroïde n’est jamais seule

Pendant longtemps, on a évalué la fonction thyroïdienne principalement à travers la TSH.

 

Mais notre physiologie est plus subtile que cela.

Aujourd’hui, il est clair que :

  • la thyroïde dépend de la qualité de notre détox,
  • notre détox dépend de notre niveau d’histamine,
  • l’histamine dépend de notre digestion, stress, environnement,
  • et la conversion T4→T3 dépend de tout cela à la fois.

 

Une TSH basse peut donc masquer une vraie difficulté métabolique. Un excès d’histamine peut créer une “fausse euthyroïdie”.

Une sulfatation lente peut bloquer une hormone qui semble normale sur le papier.

Et des désiodases perturbées peuvent transformer la T4 en rT3, la version “frein” du métabolisme.

 

Nous ne sommes pas des résultats de laboratoire.

Nous sommes des systèmes intégrés où chaque molécule parle à toutes les autres.

Comprendre l’histamine, c’est souvent comprendre la thyroïde.

Et comprendre la thyroïde, c’est souvent comprendre la fatigue, la prise de poids, le stress, la digestion, la peau, les hormones… et une partie de notre histoire personnelle.

 

Dr Lucie WETCHOKO

Médecin Préventive et fonctionnelle

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