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Le CoVid long : principaux aspects cliniques et paracliniques par le docteur Stéphane GAYET, médecin infectiologue et hygiéniste, CHU de Strasbourg

 

25 octobre 2020, Paris, Union pour la prévention et la gestion des crises sanitaires (UPGCS) 

 

Le SARS-CoV-2 et la CoVid-19 

 

L’infection par le coronavirus  SARS-CoV-2  appelée « la CoVid-19 »  évolue  de façon bénigne dans la grande majorité  des cas, sur  une voire  deux  semaines. Après cette phase initiale, si les symptômes persistent,  on parle tantôt  de CoVid  long, tantôt  de syndrome post-CoVid. 

 

En général,  la  CoVid-19  commence progressivement  et  se manifeste  par  une  asthénie,  un mal  de  gorge,  une toux,  des douleurs  musculaires  et articulaires,  une petite  gêne respiratoire  et souvent  un mal de tête modéré. *

 

Dans la grande majorité  des cas, tout  rentre dans l’ordre en une à deux  semaines,  voire  davantage. 

 

Pour mieux  situer  les événements,  l’histoire  naturelle  d’une infection aiguë  virale  peut se schématiser  ainsi : 

Certains malades de la covid-19 ont une convalescence qui n'en finit pas

Mais tout  le monde ne guérit pas ainsi.  Les uns ont une évolution  persistante,  conservant des symptômes variés et handicapants.  Les autres  semblent guérir,  puis rechutent,  après plus d’une semaine, cette fois assez souvent sans  fièvre. 

Dès l’instant  où l’on  est toujours  malade,  plus  de deux  mois  après  l’épisode  initial,  on peut  parler de CoVid long.

 

Ces symptômes, car ce sont souvent  des symptômes, c’est-à-dire des manifestations  subjectives, 

concernent fréquemment la respiration,  le cœur, la pression  artérielle,  les muscles, les articulations,  l’appareil digestif,  le cerveau  et l’énergie vitale.  L’énergie vitale,  car,  dans  tous  les  cas,  il existe  une fatigue  souvent  intense et handicapante,  au point  d’empêcher les personnes de travailler  ou d’étudier. 

 

Certains  malades  parlent de calvaire  quand des douleurs  intenses  s’y ajoutent. 

Cette illustration  résume les principales  manifestations  présentes en cas de CoVid  long

 : 

Avis de l’Académie de médecine (juin 2020) 1/2

Les manifestations polymorphes chez les malades sans forme grave (signes respiratoires, anosmie, agueusie, pseudo-engelures, troubles digestifs, atteinte neurologique) disparaissent en quelques semaines avec la guérison.

 

Il existe la possibilité d’une persistance ou résurgence de certains symptômes après la guérison. Il peut s’agir de l’anosmie, de sensations de gêne respiratoire, de dysesthésies des extrémités et d’une fatigabilité intense, mais aussi de troubles psychologiques s’apparentant au syndrome de stress post-traumatique avec angoisse de mort, liés à l’isolement et au confinement.

 

Le suivi des patients convalescents requiert une attention particulière envers ces manifestations résurgentes pour ne pas méconnaître d’autres affections aiguës non liées à la Covid-19 (infarctus du myocarde, maladie thrombo-embolique, etc.), surtout en présence de comorbidités.

Avis de l’Académie de médecine (juin 2020)

Chez les malades de retour à domicile après une hospitalisation, a fortiori s’ils ont été admis en réanimation, on observe souvent des troubles trophiques, avec amaigrissement, dénutrition et myalgies.

 

Des dérèglements psychologiques pouvant affecter la concentration et la mémoire sont rapportés, ainsi que des accidents thrombo-emboliques et des insuffisances rénales. Par ailleurs, les images de tomodensitométrie pulmonaire font redouter l’apparition d’une fibrose pulmonaire secondaire, comme après le SRAS et le MERS.

 

L’Académie de médecine recommande donc :

  • une vigilance accrue des médecins assurant leur suivi et une prise en charge adaptée des manifestations cliniques persistantes ou résurgentes de l’infection ou des troubles séquellaires de l’hospitalisation, sans méconnaître une affection aiguë d’une autre cause ;
  • la prescription de tests diagnostiques (RT-PCR) chez les convalescents toujours symptomatiques, en particulier les patients non hospitalisés qui n’avaient pas été testés lors de l’épisode initial, et de tests sérologiques (IgM & IgG ou Ig totales : statut immunitaire ?)

Les manifestations  présentes en cas de CoVid  long sont relativement  variées.  Il s’agit fréquemment de difficultés  respiratoires,  de dyspnée  pour  un  effort  minime,  de  douleurs  thoraciques,  d’une  sensation  d’oppression. 

 

Également une mauvaise  adaptation  cardiaque  et circulatoire  à l’effort,  c’est-à-dire que, par exemple,  le pouls peut  s’accélérer  lorsque  l’on fait  un effort,  mais  sans que  la pression  artérielle  n’augmente.  Certains  ont par ailleurs  des paresthésies  dans les membres ou des troubles  digestifs,  comme un transit  intestinal  perturbé,  des douleurs  abdominales. 

 

Fréquemment  aussi,  des myalgies,  parfois  des sensations  de brûlures  dans  les muscles,  ainsi  que  des  arthralgies. 

 

En  pratique,  tous  ces  symptômes  réalisent  un  véritable  handicap  quotidien.  Il y  a  encore  des troubles  cérébraux,  tels que  des difficultés  à se concentrer,  des troubles  de  la mémoire  et parfois des épisodes  confusionnels  de durée généralement  brève.

Et puis  l’asthénie,  qui est vraiment  l’élément le plus marquant et invalidant,  du moins quand ce ne sont pas les douleurs  musculaires. 

 

Le moindre effort coûte beaucoup  et peut même provoquer  un malaise  chez certaines personnes.  Une telle CoVid  longue peut  durer des semaines  et fréquemment des mois. 

 

Il existe  des périodes  de rémission,  puis  cela reprend  et ainsi  de suite. 

 

Très souvent,  pendant toute  la période  de CoVid  long, les personnes  atteintes  ont beaucoup  de mal à vivre  seules.  Il n’est pas rare  que les plus jeunes d’entre elles soient amenées  à retourner  vivre  chez leurs parents,  ce qui peut paraître  surprenant,  mais  situe  assez bien l’importance  de cette pathologie. 

Les symptômes  et signes  cliniques contrastent avec la pauvreté  biologique

Sur le plan biologique,  pendant la phase de CoVid  long, il est habituel  de ne plus objectiver de syndrome inflammatoire. 

 

Les traces de l’ARN viral  lors du test de détection  rhinopharyngé  par RT-PCR*  sont souvent  absentes et il n’est pas rare que le sérodiagnostic  (anticorps  circulants)  soit négatif.  Cette pauvreté  biologique  contrastant avec  un syndrome  clinique  riche  et très invalidant  est source  de perplexité,  tant  pour  le médecin  que pour  le patient  qui  est affecté  par le  désarroi  médical  s’ajoutant  à  son état  morbide  handicapant  et souvent  douloureux.   

 

RT-PCR* 

La PCR (« polymerase chain reaction » ou réaction en chaîne par ADN polymérase) est une technique de biologie moléculaire qui permet de détecter des traces d’ADN dans un prélèvement, en les multipliant à l’aveugle et de façon systématique, un très grand nombre de fois. 

S’agissant du SARS-CoV-2, on a affaire à un virus dont le génome n’est pas à ADN, mais à ARN, comme du reste le génome des rétrovirus. 

Ainsi, pour que la technique PCR puisse s’appliquer, il faut déjà transcrire les traces d’ARN en traces d’ADN. Cela s’effectue grâce à l’enzyme « reverse transcriptase » (RT).

En effet, dans les processus biologiques physiologiques, les gènes de l’ADN sont transcrits en ARN messagers grâce à une transcriptase. Mais avec les rétrovirus comme les VIH-1 et VIH-2, c’est leur ARN génomique qui est transcrit en ADN grâce à une transcriptase inverse (RT). La RT-PCR est donc l’adaptation de la méthode PCR aux  ARN, dont les ARN des coronavirus sont une application. 

l'UPGCS remercie le Docteur Stéphane Gayet pour sa participation lors de la conférence

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